Pourquoi les mots que nous utilisons pour décrire nos enfants peuvent les enfermer, et comment faire autrement ?

Cela arrive à presque tous les parents.
Un jour, face à un comportement de son enfant, on pose une étiquette.

Timide. Colérique. Agité. Trop sensible. Difficile. Paresseux.

Ces mots sont des raccourcis. Ils réduisent parfois une personne entière à un comportement observé à un instant donné, comme si l’enfant était ce comportement plutôt que de le traverser.

L’étiquette qui colle

Prenons une situation concrète.

L’enfant arrive à un mariage. C’est la première fois qu’il rencontre autant de personnes inconnues. Il se blottit contre ses parents au moment de dire bonjour.
Et la phrase sort presque automatiquement : « Oui, il est timide » ou « Allez, sois pas timide ».

La scène est banale. Pourtant elle mérite qu’on s’y arrête.

Les paroles des parents comptent beaucoup dans la façon dont un enfant apprend à se percevoir. Quand un adulte le décrit régulièrement comme timide, l’enfant peut finir par reprendre ce qualificatif à son compte.

Mais le mécanisme ne s’arrête pas aux mots.

Une fois que nous avons décidé que notre enfant est timide, nous agissons en conséquence. Nous répondons à sa place. Nous évitons les situations qui le mettent mal à l’aise. Nous anticipons ses difficultés, nous l’excusons, parfois nous n’insistons plus.

Avec les meilleures intentions du monde, nous risquons alors de lui offrir moins d’occasions d’essayer, de découvrir qu’il peut y arriver et de vivre de petites victoires.

Et, peu à peu, un comportement lié à une situation peut devenir une façon de se définir : « Je suis timide. Je ne suis pas quelqu’un qui va vers les autres. »

L’étiquette ne crée pas nécessairement le comportement. Mais elle peut influencer la façon dont nous y répondons et la manière dont l’enfant apprend à se voir.

Alors que ce même enfant peut se montrer très à l’aise dans un environnement familier, avec des personnes en qui il a confiance.

Cela ne signifie pas qu’il joue un rôle ou que sa réserve n’est pas réelle. Cela signifie simplement qu’un comportement ne résume pas une personne entière.

Et si mon enfant est réellement réservé de tempérament ?

C’est une question importante car tous les enfants ne réagissent pas de la même manière à la nouveauté.

Certains ont besoin de davantage de temps pour s’adapter et se sentir en sécurité. C'est peut-être simplement son tempérament naturel.

Un enfant réservé n’est donc pas nécessairement un enfant à qui l’on a répété qu’il était timide.

Et surtout, respecter son tempérament ne signifie pas renoncer à l’aider à explorer le monde.

L’objectif n’est pas de forcer un enfant réservé à devenir extraverti. C’est de lui permettre d’avancer à son rythme, sans décider à sa place de ce qu’il est capable de faire. Il peut rester réservé tout en gagnant en assurance.

Le tempérament est un point de départ, pas une prédiction définitive de ce que sera l’enfant.

Toute la différence se joue entre « il a besoin d’un peu de temps pour s’adapter » et « il est timide ».
La première phrase décrit une situation et laisse une possibilité d’évolution. La seconde risque, si elle devient une explication systématique, de réduire notre regard.

Qu'en est-il des étiquettes positives ?

C’est plus délicat, parce qu’on veut naturellement du bien à son enfant.

« Mon fils est intelligent. »
« Ma fille est gentille. »
« Tu es tellement doué.e ! »

Ces compliments ne sont pas mauvais en eux-mêmes. Un enfant a besoin d’être encouragé, reconnu et célébré.
Mais lorsqu’une qualité devient une identité à laquelle il faut toujours correspondre, elle peut aussi devenir une contrainte.

L’enfant que l’on décrit constamment comme intelligent peut finir par vivre un échec comme une remise en question de sa valeur.

Celui qui doit toujours être gentil peut avoir du mal à exprimer sa colère ou son désaccord, de peur de ne plus correspondre à l’image attendue.

La manière dont nous félicitons nos enfants peut influencer leur rapport aux difficultés.
Valoriser uniquement une qualité personnelle (« tu es intelligent ») n’a pas le même sens que reconnaître une démarche (« tu as essayé plusieurs stratégies avant de trouver la solution »).

Dans le second cas, l’enfant peut plus facilement comprendre qu’il a des moyens d’agir, d’apprendre et de progresser.

Les effets ne sont toutefois ni automatiques ni identiques pour tous les enfants. Il ne s’agit pas de bannir les compliments, mais de ne pas faire reposer toute la reconnaissance sur des qualités supposées fixes.

Un enfant a besoin de savoir qu’il est aimé et apprécié, y compris lorsqu’il échoue, se trompe ou ne correspond pas à ce qu’on attend de lui.

Le cas des diagnostics posés par un médecin

Un diagnostic est différent d’un qualificatif comme « paresseux » ou « difficile ».
Il peut aider à comprendre un fonctionnement, à mettre des mots sur des difficultés, à sortir de la culpabilité et à accéder à des aides adaptées. Pour de nombreuses familles, il représente un véritable soulagement.

Il ne résume pourtant jamais une personne entière.

Un diagnostic de TDAH, d’autisme ou de trouble des apprentissages peut éclairer certains comportements. Il ne dit pas tout de l’enfant, de ses ressources, de ses goûts ou de ce qu’il pourra développer.

Le risque apparaît lorsque le diagnostic devient l’explication de tout, ou lorsque l’entourage cesse de voir l’enfant au-delà de lui.

Nommer peut aider.
Réduire une personne à un sigle, beaucoup moins.

Concrètement, comment faire autrement ?

Il ne s’agit pas de surveiller chaque mot ni de remplacer tous les adjectifs par des phrases compliquées.

L’idée est plus simple : décrire ce que l’on observe, rester curieux de ce que vit l’enfant et éviter de transformer un comportement en définition permanente.

Par exemple :

  • « Tu es timide » devient « Tu prends ton temps avant d’aller dire bonjour. Tu peux rester avec moi un instant. »
  • « Tu es intelligent » devient « Tu as utilisé plusieurs façons pour réussir ce puzzle. Qu’est-ce qui t’a aidé le plus ? »
  • « Tu es colérique » devient « Je vois que tu es vraiment en colère. Qu’est-ce qui s’est passé ? »
  • « Tu es agité » devient « Tu bouges beaucoup en ce moment. Tu veux qu’on aille faire un tour ? »

On peut aussi poser des limites sans coller d’étiquette : « Je comprends que tu sois en colère. Mais il est interdit de taper. »

L’enfant peut être en colère sans être « colérique ».
Il peut avoir besoin de bouger sans être « ingérable ».
Il peut rencontrer une difficulté sans être « incapable ».

Décrire un comportement permet de distinguer ce qu’un enfant fait de ce qu’il est.

Et si l’étiquette est déjà sortie ?

Ne culpabilisez pas. Et ne faites pas comme si rien ne s’était passé.
Vous pouvez revenir sur vos paroles, même plusieurs heures après.

« Tout à l’heure, j’ai dit que tu étais timide. C’était un raccourci de ma part. En fait, j’ai vu que tu avais besoin de temps avant de te sentir à l’aise. »

Cette parole est précieuse.

Vous montrez à votre enfant que les mots des adultes peuvent être discutés, que l’on peut reconnaître une maladresse et que personne n’est obligé de rester enfermé dans une définition.

La réparation n’efface pas ce qui a été dit. Elle permet de lui donner un autre sens.

Et elle transmet quelque chose d’essentiel : on peut se tromper et faire différement.

Vous n’avez pas besoin de toujours trouver les bons mots.

Vous avez besoin de pouvoir vous ajuster.

Quand ce sont les autres qui posent les étiquettes

Les grands-parents, les enseignants ou d’autres parents peuvent eux aussi qualifier un enfant devant lui.

Pas besoin de faire la leçon. Une phrase courte peut suffire :

« Il a besoin d’un peu de temps pour s’adapter. »
« Laissez-le venir quand il sera prêt. »
« Je préfère qu’on ne le définisse pas comme ça. »

Il en va de même pour certaines étiquettes liées au genre : « C’est un vrai garçon », « Les filles sont plus sages », « Pleure pas, sois un homme ».

Derrière ces phrases se glissent souvent des attentes sur ce qu’un enfant devrait être ou ressentir.

Un garçon a le droit d'avoir peur.
Une fille peut être turbulente.
Un enfant peut être sensible sans être fragile.

Un défi pendant les 7 prochains jours

Je vous propose une expérience à commencer dès aujourd'hui.

Pendant une semaine, observez les étiquettes qui vous échappent : celles que vous posez sur votre enfant, celles que les autres lui adressent, et celles que vous utilisez pour vous décrire vous-même (plus difficile ça 😉).

Sans vous juger, demandez-vous simplement : est-ce que cette phrase décrit une difficulté rencontrée ou est-ce que c'est une définition de qui il/elle est ?

Lorsque vous repérez une étiquette, essayez de reformuler. Et si vous avez besoin de revenir sur une parole déjà prononcée, faites-le.

Pas pour devenir un parent parfait (ça existe ?).

Juste pour vous entraîner et progresser.

Une dernière chose

Nous avons tous grandi avec des mots qui nous ont aidés, encouragés, et parfois limités.
Certains nous accompagnent encore.
​​​​​​​D’autres ne nous correspondent plus.

Je vous pose alors cette question :

Quelle étiquette vous a le plus marqué dans votre enfance ?

Vous pouvez laisser directement un commentaire à cet article. Je suis curieux de vous lire.

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