Connaissez-vous le triangle dramatique de Karpman ? (du nom de son inventeur, psychiatre américain, en 1968)
Si vous n'en n'avez pas conscience, ce triangle se retrouve probablement dans 80% de vos relations avec les autres, en particulier dans le domaine du couple.
Et comme son nom l'indique, cela mène à des drames...
J'en parle fréquemment en séance dans mon cabinet tellement ce triangle est présent dans nos relations au quotidien. Sa découverte il y a plus de 20 ans dans ma vie m'a fait complètement changer de regard sur mes relations. Et chaque tension, chaque dispute, chaque conflit avec l'autre me permet de comprendre des subtilités supplémentaires de ce triangle dramatique.
Ce modèle définit 3 rôles que nous occupons alternativement dans nos relations :
- La victime
- Le sauveur / La sauveuse
- Le persécuteur / La persécutrice (appelé parfois le bourreau)
Pas de jaloux, cela s'applique aussi bien aux hommes qu'aux femmes...
D'où viennent ces rôles ?
Ces rôles manipulatoires sont une réponse à un stress interne que notre psyché ne sait pas gérer autrement.
Sous ce stress, il y a un besoin sous-jacent qui n'est pas nourri. Et sous ce besoin, il y a une blessure intérieure acquise la plupart du temps pendant l'enfance, très souvent dans le contexte familial.
Les rôles du triangle de Karpman nous évitent ainsi de rentrer en contact avec notre souffrance intérieure d'enfant blessé. C'est donc un mécanisme de protection psychologique.
Mais ceci crée des dommages dans la relation et potentiellement sur l'autre, c'est que nous allons voire plus bas.
Comment reconnaître chaque rôle (allez-vous vous reconnaître ?)
La victime :
- se plaint souvent
- se sent impuissante
- se dévalorise facilement
- rejette constamment la faute sur les autres "Mais moi j'ai rien fait !!"
- a la sensation de subir les situations, les autres, le monde....
- a de grandes difficultés à voir sa part de responsabilité
- est dépendante des autres
Qu'est-ce qu'elle gagne à faire cela ?
La victime gagne essentiellement de l'attention des autres, donc de l'énergie. Et puis c'est tellement confortable que les autres s'occupent d'elle !
C'est aussi un excellent moyen de ne pas prendre ses responsabilités.
Le sauveur (ou la sauveuse) :
- agit sans qu'il y ait une demande ou un accord préalable de l'autre (Est-ce que l'autre me l'a demandé ?)
- aime résoudre les problèmes des autres
- a toujours une bonne raison d'intervenir et s'en veut s'il ne le fait pas
- prend en charge l'autre et le place en incapacité de résoudre lui-même ses problèmes : une façon de garder le contrôle sur l'autre et de le rendre dépendant de lui, ce qui l'empêche de grandir
- se dit souvent "faut bien que quelqu'un le fasse" (sauf que c'est toujours bibi qui s'y colle ^^)
Quels sont les bénéfices à sauver ?
Principalement la reconnaissance de l'autre. C'est une façon de se sentir valorisé et d'exister.
Et surtout une merveilleuse façon d'éviter de s'occuper de soi-même puisque toute l'attention est portée sur l'autre. Cette posture de "bon samaritain" est une excellente couverture pour éviter de regarder ses propres problèmes.
À savoir que derrière le rôle du sauveur, il y a souvent la peur d'être inutile.
Le persécuteur (ou la persécutrice) :
- aime trouver ce qui ne va pas chez l'autre (comportement, façon d'être, posture, discours....)
- est souvent insistant
- peut être interrogateur, voire intimidateur
- passe souvent au-delà du consentement de l'autre
- juge facilement
- peut être très dur avec lui-même (ce que je fais à l'autre, je me l'applique aussi à moi inconsciemment)
Que gagne le persécuteur ?
Il se sent exister par ses actes.
Souvent inconsciemment, persécuter est une stratégie efficace pour que le persécuteur ne soit pas en contact avec le vide à l'intérieur de lui.
Les règles qui s'appliquent au triangle
Rôle favori : nous avons un point d'entrée favori, c'est-à-dire un rôle que nous prenons naturellement face aux autres en priorité.
Chaises tournantes : au cours d'un même échange, nous pouvons basculer d'un rôle à un autre en fonction de l'interlocuteur en face et de la tournure que prend la discussion.
Cela fonctionne par paires : chaque rôle a son rôle antagoniste avec qui il va s'associer pour "jouer" (jeu psychologique). La victime cherche un persécuteur pour justifier de son statut ou un sauveur pour être pris en charge. Le persécuteur cherche une victime ou un sauveur à persécuter. Le sauveur cherche à sauver à tout prix, de préférence une victime mais parfois un persécuteur.
Autrement dit ?
Si vous revêtez un rôle en particulier, vous allez attirer par électromagnétisme le rôle antagoniste !
On joue tous les rôles : on occupe à tour de rôle chaque place du triangle. C'est juste que l'on y entrer par un rôle favori.
Par ailleurs, il n'y a pas un rôle meilleur qu'un autre ! Même si en apparence on pourrait croire qu'il vaut mieux être un sauveur (posture reconnue socialement) qu'un persécuteur.
En réalité chaque rôle enferme la propre personne dans sa posture et attire l'antagoniste correspondant, l'enfermant également.
Cela finit tôt ou tard par un conflit ouvert, plus ou moins violent.
Exemple lors d'un échange entre une mère et son enfant
Mère : "Tiens, je t'ai préparé tes affaires pour aller au sport" (posture sauveuse car aucune demande de l'enfant)
Enfant : "OK... J'aime pas quand tu touches à mes affaires, arrête STP" (posture victime et pose quand même une limite)
M : "Oui mais la dernière fois, tu avais oublié tes chaussures, heureusement que j'étais là !" (n'entend pas la limite, reste sur la sauveuse ce qui empêche l'autre de prendre ses responsabilités)
E : "T'es vraiment chiante, de toute façon tu fais jamais comme il faut" (victime puis passe en persécuteur)
M : "Avec tout ce que je fais pour toi, j'en reviens pas... Tu es bien content de mettre les pieds sous la table !" (victime puis passe à son tour en persécutrice)
E : "Désolé maman, je voulais pas te mettre en colère" (sauveur car prend en charge l'état émotionnel de sa mère)
Comment sortir du triangle ?
Vouloir sortir du triangle est impératif si on veut apaiser les tensions avec les autres et tendre vers des rapports harmonieux avec son entourage.
Sortir de son propre rôle
Il faut pour cela prendre conscience du rôle que je prends.
Voici les questions à se poser pour sortir de chaque rôle.
Posture de la victime
La victime doit arrêter de rejeter la faute sur les autres et apprendre à reprendre sa part de responsabilité. L'objectif est l'autonomie. Cela demande du temps et du courage.
- Qu'est-ce qui m'appartient dans la situation ?
- Qu'est-ce qui chez moi a pu générer cette réaction de l'autre ?
- Quelle posture ai-je envie d'adopter ?
- Comment je peux agir de mon côté ?
Posture du sauveur
Le sauveur doit arrêter de se focaliser sur les autres, apprendre à définir ses propres besoins et y répondre.
- Avant de faire quelque chose pour l'autre : est-ce que la personne m'a demandé cela ? Si oui, alors je suis en soutien. Si non, vigilance car ne serais-je pas en train de sauver l'autre ? Poser alors simplement une demande explicite à l'autre.
- Qu'est-ce qui me pousse à vouloir faire ceci pour l'autre ?
- Comment je me sens ?
- De quoi ai-je besoin ?
- Comment prendre soin de moi ?
Sortir de la posture du persécuteur
Le persécuteur doit arrêter de vouloir contrôler son environnement et apprendre davantage l'empathie et à se réguler intérieurement.
- Comment l'autre se sent ?
- Que cache mon besoin de contrôle ?
- Qu'ai-je besoin de demander ?
- Quelle partie de moi a besoin de douceur ?
Aider l'autre à sortir de son rôle
Face à une victime
- Quelle est ta part de responsabilité, même infime ?
- Qu'est-ce que tu peux faire ?
Face à un sauveur
- Refuser poliment l'aide proposée et dire que je préfère apprendre en le faisant moi-même
- Dire à quel moment j'aurai besoin de son aide
Face à un persécuteur
- À ton avis, quand tu fais cela, comment je me sens ?
- Poser une limite, une règle
Pour terminer
Ce modèle de triangle dramatique de Karpman se retrouve dans toutes nos relations dès lors que l'on n'en a pas conscience. Cela amène à des tensions, des non-dits qui aboutiront tôt ou tard à un conflit ouvert. Ce sera alors le drame !
Dans toute relation toxique, nous retrouvons les postures de ce triangle chez les individus, souvent inconsciemment. Et parfois même depuis des années... (décennies ?)
Afin d'éviter cet écueil, il est impératif de prendre de la hauteur sur soi-même et de prendre conscience du rôle préférentiel que l'on joue quand on s'adresse à l'autre. S'il y a une difficulté à trouver son rôle, il suffit de regarder l'autre et de prendre le rôle antagoniste pour trouver le sien.
Il peut aussi être intéressant de repérer une dynamique dans une relation, car je le rappelle, les rôles fonctionnent toujours par paires !
Mon rôle en tant que thérapeute est d'aider à repérer les situations où le triangle de Karpman prend la main.






